Quand nous avons emménagé dans notre vieille maison, l’idée m’est tout de suite venue : ouvrir le mur entre la cuisine et le salon pour gagner en lumière et créer un espace plus convivial. Au départ, je pensais qu’il s’agissait d’un simple mur intérieur, mais en examinant l’épaisseur des pierres – près de 50 cm – j’ai vite compris que ce chantier n’allait pas être une promenade de santé. Et si on voulait aller plus loin, avec une baie vitrée sur la façade, les enjeux se multipliaient : étaiement, linteaux, charges… chaque détail comptait.
C’est là que les jambages entrent en jeu. Ces montants verticaux encadrant l’ouverture ne sont pas là pour faire joli : ils retransmettent le poids du mur et protègent le linteau, surtout dans des murs pleins et durs comme ceux en pierre. Sans eux, une ouverture, qu’elle soit intérieure ou en façade, risque de devenir un vrai cauchemar structurel.
À quoi sert un jambage ?
Les jambages, ce sont les montants verticaux qui encadrent chaque ouverture dans un mur en pierre. À première vue, ils peuvent sembler secondaires, mais en réalité, ils jouent un rôle essentiel dans la stabilité de l’ouvrage.
Leur utilité principale est double :
- Assurer la stabilité et redistribuer les efforts latéraux : ils reprennent les charges du mur et les transmettent au sol ou aux fondations, évitant que l’ouverture ne fragilise la structure.
- Encadrer et protéger le linteau : le linteau repose sur les jambages, qui permettent de supporter le poids du mur au-dessus sans risque d’effondrement.
C’est donc une étape à ne jamais négliger, que ce soit pour une ouverture intérieure ou sur une façade.
Pré-requis avant de réaliser un jambage
Avant de toucher une pierre, il est essentiel de comprendre la nature de votre mur et de vérifier le type de liant utilisé. Ces éléments déterminent non seulement la méthode d’ouverture, mais aussi le choix des matériaux pour vos jambages et linteaux.
Identifier si le mur est porteur
Un mur porteur soutient le plancher, la toiture ou d’autres murs. Même un petit faux pas peut compromettre toute la structure.
Comment vérifier si un mur est porteur ?
Pour identifier si un mur est porteur, plusieurs indices peuvent vous aider. En général, les murs porteurs sont plus épais que les cloisons classiques. Leur position dans la maison est également un indicateur : ils se situent souvent au centre du bâtiment ou sont alignés avec les poutres du plancher ou de la toiture. Enfin, si vous disposez des plans de la maison, ceux-ci peuvent préciser quels murs soutiennent la structure, ce qui facilite grandement l’évaluation.
Pour être sûr, un diagnostic par un professionnel (architecte ou ingénieur) reste recommandé.
Choisir le matériau du jambage selon le mur existant
Le matériau utilisé pour vos jambages dépend du type de mur et du liant existant :
- Mur en pierre + ciment : rigide et solide → jambage en béton armé ou pierre, étaiement précis obligatoire.
- Mur en pierre + chaux : plus souple → jambage en pierre + chaux ou linteau béton.
- Mur en pierre + terre : murs anciens fragiles → jambage en bois + chaux ou pierre appareillée, pour limiter fissures et tensions.
L’objectif ici est que le jambage soit compatible avec la flexibilité du mur existant pour éviter fissures et affaissements.

Étapes générales d’une ouverture dans un mur en pierre avec jambages
Matériaux et choix des pierres
Le choix des matériaux pour vos jambages dépend directement du type de mur et du liant utilisé. Pour un mur en pierre + ciment, vous pouvez utiliser un linteau et des jambages en béton, avec des pierres solides pour compléter l’ouvrage. Pour un mur en pierre + chaux, il est préférable d’opter pour des jambages maçonnés en pierre et mortier à la chaux, afin de respecter la souplesse du mur. Dans le cas de murs anciens en pierre + terre, privilégiez des jambages en pierre appareillée ou des éléments en bois combinés à un mortier à base de chaux pour limiter les fissures et tensions.
Pour construire un jambage solide et homogène, privilégiez des pierres proches de celles du mur existant : mêmes caractéristiques, résistance et dimensions régulières. Pour un mur porteur ou en pierre + ciment, choisissez des pierres très solides comme le granit ou le calcaire dur. Pour un mur plus souple (pierre + chaux ou + terre), des pierres moins rigides suffisent, mais elles doivent rester stables et non friables.
Si les pierres du mur sont solides et bien calibrées, vous pouvez les réutiliser. Sinon, complétez ou remplacez par des pierres neuves adaptées au type de mur et au liant choisi.
Outillage indispensable
Quel que soit le type de mur, certains outils restent indispensables : des étais et bastaings pour soutenir le mur pendant les travaux, une truelle et du mortier pour la pose des pierres, un niveau et un mètre pour vérifier l’alignement, une scie ou meuleuse pour ajuster les pierres ou le bois, ainsi qu’un marteau et un burin pour la taille. Une perceuse peut également être utile si des chevilles ou fixations sont nécessaires.
Étayage et préparation
Nous allons parler ici de la la préparation nécessaire avant de construire le jambage et poser le linteau. Parce qu’avant même de penser à ouvrir un mur, il est impératif de l’étayer. Un mur porteur ne se manipule jamais sans précaution : attaquer directement sans étaiement risque l’effondrement immédiat ou progressif, ce qui peut être catastrophique pour la structure de la maison.
La première étape consiste à positionner des étais ou des bastaings adaptés à l’épaisseur et à la nature du mur. Pour un mur en pierre + ciment, des étaiements rigides suffisent souvent, tandis que pour un mur en pierre + terre, il faut privilégier des supports un peu plus souples pour ne pas générer de fissures. L’objectif est de maintenir la charge au-dessus de l’ouverture pendant que vous préparez les jambages et les linteaux.
Cette phase est fondamentale : c’est elle qui garantit la sécurité du mur et la réussite de l’ouverture, que vous choisissiez la méthode des bastaings traversants ou celle des demi-linteaux.
Construction du jambage
Une fois l’ouverture percée et le linteau en place, il faut créer des jambages solides qui assureront la stabilité de l’encadrement. Deux méthodes principales existent, selon le rendu souhaité et les matériaux disponibles.
Montage pierre par pierre
On utilise ici des blocs de pierre choisis pour leur régularité et leur résistance. Chaque pierre est posée sur un lit de mortier à la chaux, en veillant à ce que les joints ne dépassent pas 1 à 1,5 cm. L’alignement vertical (aplomb) et l’horizontalité doivent être contrôlés en permanence avec un niveau. Pour renforcer la cohésion, il est recommandé d’alterner les pierres disposées parallèlement au mur et celles mises perpendiculairement. Cette technique traditionnelle garantit un rendu esthétique et parfaitement intégré au reste du mur.
Coulage d’un jambage en béton
Lorsque la pierre n’est pas disponible ou que l’on recherche une mise en œuvre plus rapide, on peut couler les jambages. La méthode consiste à réaliser un coffrage solide de part et d’autre du mur avec des planches épaisses, maintenues par des serre-joints ou des étais. Le béton est coulé progressivement et vibré légèrement pour éviter les bulles d’air. Après séchage, le coffrage est retiré et la surface peut être laissée brute ou habillée d’un parement en pierre pour un aspect plus authentique. Dans les deux cas, le contrôle de la verticalité et de l’alignement est indispensable. Il faut aussi respecter un temps de séchage suffisant (en moyenne 48 h pour le béton avant décoffrage, et plusieurs jours pour un séchage complet) avant d’envisager les finitions.
Erreurs à éviter et conseils pratiques pour le jambage
La construction d’un jambage solide et durable peut sembler simple, mais plusieurs erreurs courantes peuvent compromettre la stabilité de l’ouverture. Il est important de :
- Respecter la verticalité et l’alignement : des jambages mal droits ou irréguliers peuvent provoquer des tensions sur le linteau et fragiliser l’ouverture.
- Choisir les pierres adaptées : utiliser des pierres trop fragiles ou de dimensions irrégulières peut nuire à la solidité du jambage. Privilégiez des pierres proches de celles du mur existant, ou des pierres neuves adaptées au liant.
- Ne pas précipiter le séchage du mortier ou du béton : un coffrage retiré trop tôt ou un mortier pas encore sec peut provoquer des fissures ou un affaissement.
- Vérifier la compatibilité avec le linteau : le jambage doit parfaitement supporter le linteau et transmettre les charges du mur sans fléchir.
Quelques conseils pratiques : préparez vos outils à portée de main, assurez un chantier propre et organisé, et vérifiez régulièrement l’aplomb et l’horizontalité pendant la construction. Cela permet d’éviter les ajustements coûteux et de garantir un résultat stable et esthétique.
Quand faire appel à un professionnel ?
Certaines interventions sur un jambage dans un mur en pierre dépassent les compétences d’un bricoleur, même expérimenté. Il est recommandé de faire appel à un maçon lorsque le mur est porteur, si l’ouverture est large, ou si la maçonnerie est ancienne, notamment avec des murs en pierre + terre qui sont particulièrement fragiles. Un professionnel saura poser correctement les jambages et le linteau, garantir la verticalité et la solidité de l’encadrement, et prévenir tout risque d’effondrement. Faire appel à un expert assure un résultat durable, sûr et esthétiquement harmonieux.